La Maison de santé de Préfargier, 1848-1882

En décembre 1848, la Maison de santé de Préfargier, un imposant asile pour aliénés bâti de la même pierre jaune que celle des demeures patriciennes locales, est inaugurée sur les rives brumeuses du lac de Neuchâtel. Dix ans après l’ouverture de l’asile genevois des Vernets et de l’asile thurgovien de Münsterlingen1)Blaser, Pierre, La clinique de Préfargier. Les débuts de la psychiatrie dans le canton de Neuchâtel (1849-1879), Mémoire de licence de l’Université de Neuchâtel, 1989, p. 7., Neuchâtel est le troisième canton helvétique à se doter d’un établissement qui obéisse aux conceptions aliénistes du traitement de la folie. Construit à l’écart du chef-lieu du canton, le troisième asile de Suisse est destiné en priorité au traitement de cas d’aliénation mentale considérés comme guérissables. Cette réalisation de taille n’est pas entreprise par l’Etat ; elle est imaginée et financée par un seul homme, Auguste-Frédéric de Meuron, un riche industriel philanthrope natif de Neuchâtel.

Vue de la Maison de santé de Préfargier
La Maison de santé de Préfargier

Les spécificités théoriques et architecturales de l’asile ainsi que le réseau social qui va s’établir autour de ce lieu et de son fondateur jouent un rôle important dans le fonctionnement de l’institution dans le long terme. Si certains historiens affirment que l’« on ne saurait assimiler le projet et la conception initiale [de Préfargier] aux pratiques qui s’y développeront»2)Fussinger, Catherine et Deodaat Tevaearai, Lieux de folie, monuments de raison : architecture et psychiatrie en Suisse romande, 1830-1930, Lausanne, PPUR, 1998, p. 43., quelques-unes des intentions de base incarnées dans la Maison de santé de Préfargier continuent à influer sur la vie de l’institution quarante ans après son ouverture. En jetant un regard sur les fondements du fonctionnement de l’asile tels qu’ils ont été établis dans les années 1840, il semble possible de retrouver une partie des impératifs qui guident les administrateurs de Préfargier à la fin du siècle. Les idées et les règles établies par de Meuron en 1848 jouent encore un rôle important lors du passage de Gottlieb Burckhardt à la tête de l’établissement entre 1882 et 1896. Cependant, elles buttent contre les réalités antagonistes de la routine asilaire. L’idéal thérapeutique de l’asile confronté à la réalité de la surpopulation d’aliénés incurables va révéler l’inadéquation des théories et provoquer des tensions auxquelles les acteurs en place vont chercher des solutions, dont une qui s’avérera radicale. Les pages qui suivent visent donc à définir les caractéristiques idéologiques du fonctionnement de Préfargier pendant la seconde moitié du XIXe siècle.

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Références   [ + ]